Je crois qu'un autre nom de blog n'aurait pas pu être plus approprié que celui-là. Dans toutes les situations, dans tous les instants, à chaque fois, à chaque moment, quel que soit mon moi, je suis à la fenêtre.
Et là, maintenant, pendant ces vacances de Noël, je me tiens à la fenêtre, et je regarde la griseur de la ville. Je me dis qu'il doit faire terriblement froid en voyant la neige, cet élément glacé et absurde pour lequel on s'émerveille bêatement, stupidement, sans rien voir des dégâts occasionnés. Une belle arnaque, cette neige, cette pellicule de Dieu, encore un autre présent qui descend du ciel.
Là, maintenant, je suis bien. Je me lève tôt, par choix, et non plus par obligation : ce n'est pas spécialement que j'aimais dormir avant, comme je le prétendais alors, mais c'était plutôt le fait que j'aimais dormir parce qu'on m'obligeait à me lever tôt et à ne plus dormir ; j'étais poussée à dormir par un sentiment de contradiction. Alors, maintenant que j'ai le choix, je me lève tôt pour être, là, maintenant.
Là, maintenant, c'est un réveil matinal, la rencontre fortuite entre le tendre soleil et moi, la douceur d'un chocolat chaud le matin, l'écoute d'une musique sans cesse renouvelée, la permission d'écrire, toujours, sans arrière-pensée, sans frein. Comme là, maintenant.
Et la journée est tout aussi monotone. Mes devoirs s'achèvent lentement, doucement ; je prends mon temps, je les fais sans précipitation, muée par aucune angoisse, ralentie par la paresse, tourmentée parfois par des promesses illusoires, mais au fond, ce n'est rien, puisque je les fais quand même, alors chaque jour a son utilité.
Je vis des journées en solitaire. J'ai droit à l'affection de mes parents, mais c'est un lot quotidien auquel je suis habituée depuis toujours : cet amour par obligation, né du sens même du mot "famille", se fond dans ma nappe d'isolement. Je suis bien, là. Ceux qui auraient voulu me parler pour sortir, et pour qui j'aurais du trouver des excuses, des prétextes pour refuser, je les ai bloqués. Ceux qui veulent me parler, je leur parle aussi ; mais je ne fais pas d'efforts pour maintenir une conversation : en fait, ils ne m'intéressent pas.
La seule chose que je peux encore désirer sont les contacts purs, sans contrainte, pour le plaisir. Par le terme de contacts purs, je parle des gens que je n'ai jamais vus, jamais fréquentés, avec qui l'entente se fait naturellement, nullement entiché par les contraintes de la réalité : l'amitié, si amitié il y a, se noue d'esprit à esprit ; rien d'autre n'intervient. Cela me plait, cela me suffit, je ne veux rien d'autre. Le reste me parait sale et même hypocrite parfois.
Là, maintenant, je suis bien. Parfois, un souvenir de maths m'effleure ; cette anecdote me contamine d'effroi et d'angoisse ; mais je souffle dessus, et elle disparait presque. Presque.
Mais sinon, là, maintenant, on peut dire que je suis bien.
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2 commentaires:
Une chose est sûre en vous lisant c'est que vous écrivez très bien. Pour le contenu, on peut parfois partager votre vision, mais elle reste un brin défaitiste. Pas ou peu d'espoir !
J'espère que l'année 2006 sera excellente pour vous.
hum... une fenêtre? n'es-tu pas un ange gris, errant éternellement sur les ailes du désir? Un film à voir qui te plairait sûrement. "Als das Kind Kind war..."
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