lundi, décembre 26, 2005

Sous l'oeil du Grinch

Enfin ! Noël est passé.

Maintenant qu’il s’éloigne, je voudrais vous parler de cette horreur enguirlandée des couleurs rouge et verte de ma nausée. Je pourrais vous décrire, pendant une vingtaine de lignes inlassablement hargneuses, ce que vous connaissez déjà de vous-mêmes, mais pas de moi-même. Je pourrais vous entraîner dans cette ambiance cauchemardesque de gens pressés et suants dans l’artificielle chaleur étouffante des centres commerciaux, pressés d’en finir et d’être débarrassés du cadeau de l’autre, suants car pressés d’en avoir terminé avec ces présents dont ils se sentent obligés d’offrir, au nom de Noël, Noël, cette tradition esthétique et commerciale, avec son père Noël riant de bonhomie, et ses lutins verts sympathiques.

Noël, le rêve de tous ces petits enfants qui s’endorment en pensant aux rubans étincelants noués autour de leur cadeau enveloppé de ce papier doré qu’ils déchireront avec sauvagerie. Ils entendent déjà le bruit qu’ils feront de leurs petites mains féroces, et pressentent leur émerveillement ou leur déception face au présent découvert.


Ah, mais quel beau rêve, ce Noël, partagé également des sans abris dont le vœu le plus cher est de pouvoir savourer ce précieux instant au chaud, en compagnie de leurs proches.

Oh, le joli fantasme ! Même les vieilles personnes y pensent, et se souviennent de tous les Noël de naguère grâce à leur mémoire maudite. On est nostalgique, alors, on allume la télévision, et d’un air ému, on regarde les séries fantastiques qui passent pour nous, pour des gens qui sont seuls, le jour de Noël. On regarde ces absurdes comédies qui présentent des gens réunis et heureux autour d’une dinde, de foie gras, de caviar, et de champagnes. Ah ! Et quel Noël alors ! Il y a le sapin splendidement décoré d’anges et d’étoiles dans un coin, le piano pas très loin, et un papi attendrissant, de mignons enfants sur les genoux, chantant niaisement les cantiques ancestraux de Noël. Et si on ouvre la fenêtre, on voit que la ville s’est habillée pour l’occasion d’une robe éclatante de neige. Et tout le monde est heureux ; les chansons parfaitement hideuses sont reprises d’un chœur à l’autre de la ville, et tout va bien, car on se souhaite « Joyeux Noël » et on s’embrasse sur les deux joues, un verre de champagne à la main. On s’aime les uns les autres.

Parfois, cependant, on s’attriste, l’œil tordu de pitié, des gens qui ne peuvent fêter Noël à cause de leur solitude. C’est une curieuse délectation que de les plaindre ensuite et de les mettre dans le même lot que la petite fille aux allumettes, le père Fouettard, et le Grinch et son chien. Mais on y pense avec bon cœur, sans y voir la moindre once de répugnance que ce comportement pourrait avoir ; on boit pour eux, tchinn, santé.

Merry Chrismas, les amis, et à la vôtre !

(Oh zut, j’ai finalement parlé de Noël, alors que ce n’était vraiment pas le thème d’aujourd’hui. Tant pis.)


2 commentaires:

Anonyme a dit…

Si l'on devait être mortifié de pouvoir faire des choses que d'autres ne peuvent malheureusement pas faire, on ne vivrait plus...

Dans ce cas, on devrait être honteux de marcher alors que de pauvres gens doivent se contenter d'un fauteuil...

On devrait être répulsé par le fait de réfléchir alors que certaines personnes sont handicapées mentales...

Non, je ne suis pas d'accord avec toi! Il faut vivre la vie pleinement, tant qu'on le peut! On aura tout le loisir d'être vraiment malheureux plus tard. Le plus tard possible, je l'espère!

Anonyme a dit…

hé hé hé... Noël... C'est bien lointain à présent, toutes ces mièvreries clinquantes. J'aime bien Noël. Les Fou y voient d'autres fous s'adonner à leur folie... Comme c'est drôle! Pitoyables danseurs d'une ronde qu'ils ne voient pas!