mardi, décembre 27, 2005

Une anecdote...

Je m’accrochais de toute mon attention à la réalité. C’était un effort permanent que je ne devais pas relâcher, une bride que je devais serrer fortement, toujours. Mes yeux se plissèrent ; la réalité, qui s’arrêtait au tableau recouvert de chiffres et de majuscules, illustré du professeur qui s’agitait devant moi, m’était inconnue. Je ne la comprenais pas. J’avais beau me concentrer, les inscriptions à la craie blanche et les instructions du professeur valsaient.

« Tu as compris ? Tu sais ce qu’il fait faire et comment le faire ? » Me demandait-il avec espoir.

Je le regardais d’abord d’un air perplexe, puis fronçais les sourcils en fixant le tableau d’un air désespéré. Ensuite, je lui fis mon sourire le plus convaincant et acquiesçai, le temps de le convaincre et de le voir s’en aller à une autre table. Mais le sourire s’évanouit rapidement de ma figure, et je fus aux prises d’une angoisse insoutenable. Je la chassais vite, car je savais que si je la laissais prendre son contrôle sur moi, je n’arriverais pas à m’en sortir. Alors, prenant mon courage à deux mains, je recopiai l’équation, et griffonnai quelques tentatives que je savais maladroites. Je m’aperçus bien vite qu’elles étaient parfaitement erronées, mais l’irruption du professeur à ma table me paralysa et m’empêcha d’aller plus loin dans mes essais. Il tourna ma feuille dans sa direction, et marmonna :


« Alors, qu’est-ce qu’elle m’a fait ? »

Des âneries. Son regard me le confirma, et d’un air presque désespéré, me dit :

« Je ne comprends pas. Qu’est-ce que tu as voulu faire ? »

Je balbutiai pitoyablement quelques explications que je savais fausses, et il m’interrompit avec un profond soupir :

« Tu te noies ! »

J’avais peur qu’il s’énerve contre moi, mais ce fut pire. Avec une apparence trompeuse de calme et de patience, il me ré-expliqua la leçon, que j’oubliai d’écouter, figée dans l’angoisse grandissante de mes futurs échecs, et il termina avec la fatidique question :

« tu as compris ? »

J’avais envie de hurler. Un voile humide s’abattit sur mes yeux, et je battis vite, très vite, des cils pour qu’il ne s’en aperçoive pas. D’une toute petite voix, je l’assurai de ce qu’il espérait, et que visiblement il ne croyait pas. Il s’en alla heureusement, provisoirement, mais heureusement, et me laissa seule avec moi-même et ma feuille. Je me noyais, il avait raison, au milieu des chiffres, des lettres, des plus/moins l’infinie, des fractions, de tous ces hiéroglyphes qui dans leur exactitude gardaient une emprise certaine et reconnue sur la réalité objective de l’univers. Les sciences étaient une intelligence qui m’échappait, mais dont j’avais besoin au nom de la réussite, et au nom de la compréhension de ce fichu monde qui m’entourait. Je n’avais pas le droit de négliger la moindre de ces facettes, et là, là, actuellement, les mathématiques m’emplissaient d’une terreur insoutenable qui me rendait nauséeuse. Mes mains tremblaient, et j’avais une folle envie de pleurer. Lorsque le professeur revint me voir, j’eus le temps d’appliquer une expression stoïque à ma figure, mais la feuille n’avait pas été modifiée depuis la dernière fois qu’il était venu me voir.

« Je n’ai pas très bien compris, en fait, monsieur… »

Il me contemplait avec un drôle d’air, et je compris qu’il me prenait pour la pire des idiotes dans le stage de remise à niveau en maths pour les nuls.

« Ce n’est même pas que tu n’as pas très bien compris. Tu n’as rien compris du tout, voilà le cœur du problème ! »

Il inspira énergiquement, et il se remit, péniblement, laborieusement, et vainement à me ré-expliquer, pendant que moi, misérable être au QI limité, je sentais mon être flageoler face à ces exigences d’intelligence que jamais, à ma profonde détresse, au grand jamais, je ne pourrais atteindre…

3 commentaires:

Anonyme a dit…

C'est beau, c'est certain
C'est émouvant, sans nul doute
Grandiloquant mais pas malsain
Une plume à la main
Tu crois avoir trouvé ta route
Et une fois pour toutes
Telle un doux parfum
Je t'envoie mon écoute
Pas celle d'un musicien
Ni celle d'un sage
Mais celle de quelqu'un
Qui te fait un grand hommage!

Anonyme a dit…

Aaaaahh...
La magie des maths!

J'aurais mille fois préféré apprendre l'art avec Galen...

Anonyme a dit…

J'suis pas loin de désespérer comme ça en maths, I hope that we'll remonter la pente :s